jeudi 27 février 2014

Le shôjo du mois - Gokinjo, une vie de quartier d'Aï Yazawa

Le genre du shôjo manga étant une grande source d'inspiration pour moi, j'ai décidé de vous parler chaque mois d'un titre shôjo que j'aime particulièrement.

Commençons par l'une de mes oeuvres favorites : Gokinjo, une vie de quartier d'Aï Yazawa.


Aï Yazawa est célèbre à travers le monde pour sa série inachevée, Nana. Si ce titre reste sans doute son chef d'oeuvre d'un point de vue narratif et psychologique, elle a signé auparavant d'autres manga très bien écrits :  Je ne suis pas un ange et Gokinjo.

L'histoire

Gokinjo est l'oeuvre la plus positive et légère de l'auteur : elle met en scène Mikako Kôda, une jeune fille au caractère bien trempé qui rêve de devenir styliste et qui étudie pour cela à l'institut Yaz'art.


Mikako est entourée, comme toujours dans les oeuvres de Yazawa, d'une pléïade de personnages secondaires plus attachants et savoureux les uns que les autres. Tout au long de l'oeuvre, on voit Mikako grandir et avancer vers son rêve : elle apprend à mieux se connaître et, surtout, à mieux comprendre ceux qui l'entourent. C'est, en somme, un manga d'apprentissage se déroulant dans un univers créatif et fantaisiste.
Ce résumé pourrait paraître peu attractif : l'une des caractéristiques des oeuvres de Yazawa est que, la plupart du temps, il ne se passe pas grand chose : aucune aventure grandiose, pas de sauvetage du monde ni de pouvoirs magiques. Il ne faut pas s'attendre à des rebondissements hautement romanesques (quoique, dans Nana, on peut considérer qu'il y en a quelques uns). Il est donc un peu vain de résumer l'histoire et, d'ailleurs, cela est souvent le cas pour les shôjo lycéens qui s'intéressent plus aux sentiments qu'aux faits.

Un univers original, frais et créatif

Ainsi, l'intérêt des bandes-dessinées de Yazawa réside avant tout dans sa manière de raconter les histoires et dans l'ambiance qui s'en dégage. Elle a la capacité rare de créer des personnages crédibles (et, pourtant, si peu réalistes par certains aspects) auxquels on ne peut que s'attacher.


Outre les personnages, Aï Yazawa aime beaucoup développer son univers, un monde urbain fait d'artistes excentriques, d'objets stylés et de tenues uniques: ce talent pour inventer un univers fictif dans lequel on se plonge aussi facilement est l'une de ses grandes forces. D'ailleurs, elle aime faire des clins d'oeils entre ses différentes séries, donnant ainsi une cohérence très particulière à son oeuvre: au fil des années, elle a tissé un monde de papier si vivant que ses fans finissent par surnommer leur entourage d'après les noms de ses personnages et faire référence sans cesse à ses mangas!

Mais, si j'aime toutes les oeuvres de Yazawa que j'ai pu lire pour ses qualités de conteuse, mon goût particulier pour Gokinjo s'explique par sa fraîcheur et son graphisme original. 

L'artbook de Gokinjo est en cela supérieur à ceux de Nana et de Je ne suis pas un ange. Elle y développe, en effet, l'univers coloré de la marque de vêtements de Mikako, Happy Berry, inspirée de la mode des années 60/70 mais aussi du lolita.


Ainsi, Gokinjo est le résultat de l'équilibre parfait entre les codes classiques du shôjo, une narration efficace et des graphismes originaux ; ceux qui ne le connaissent pas encore, passent à côté d'une très grande oeuvre!
Personnellement, je l'ai relu de nombreuses fois et la nouvelle (et superbe) édition deluxe chez Delcourt est un bon prétexte pour s'y mettre ou s'y replonger !